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IEA (2024), Sénégal 2023, IEA, Paris https://www.iea.org/reports/senegal-2023?language=fr, Licence: CC BY 4.0
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Résumé
Le Sénégal a placé l’essor de son secteur énergétique au cœur de sa stratégie de développement durable et économique et de son objectif de devenir une économie émergente d’ici à 2035 conformément à son Plan Sénégal Émergent (PSE). Doté d’institutions solides et d’une vision clairement définie au service de la réalisation des objectifs de développement durable, il est en bonne voie pour concrétiser ces ambitions et poursuivre sa route vers la croissance et le développement économiques.
Depuis qu’il a rendu public son PSE, le Sénégal a adopté des réformes visant à attirer les investissements directs étrangers (IDE) et inciter le secteur privé à participer davantage. Ces réformes ont bénéficié d’un soutien substantiel de la part des institutions de financement du développement (IFD), telles que le programme Scaling Solar de la Banque mondiale. La stabilité des institutions nationales a permis au secteur de l’énergie d’attirer des IDE au service de sa croissance, même s’il en faudrait davantage pour réaliser les ambitions du pays. Aux côtés de l'Afrique du Sud, de l'Indonésie et du Viet Nam, le Sénégal a récemment rejoint les rangs des pays signataires du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), portant sur l’accès universel aux énergies modernes, l’industrialisation et la sobriété en carbone d’un système énergétique résilient et durable. Signé avec des partenaires que sont la France, l’Allemagne, l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada, le JETP s'engage à mobiliser jusqu'à 2,5 milliards d'euros sur une période de trois à cinq ans pour soutenir le Sénégal dans la réalisation de ses ambitions.
Le Sénégal soutient activement le processus de la Conférence des Parties (COP) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) avec, pour principales priorités, l’augmentation de la production d’électricité propre, la réduction des émissions de méthane, la mobilisation en faveur de la résilience climatique et la mise en œuvre de transitions énergétiques équitables, notamment pour les économies émergentes. Il a présidé le groupe des négociateurs climat des pays les moins avancés (PMA) et défend avec vigueur l’idée d’une mobilisation accrue des financements climatiques. En 2020, le gouvernement sénégalais a présenté une Contribution déterminée au niveau national (CDN) exhaustive et ambitieuse fixant pour la prochaine décennie des objectifs concrets concernant les énergies propres et, notamment, les renouvelables, l’efficacité énergétique et le déploiement des technologies énergétiques propres. En 2023, le Sénégal a déjà atteint les objectifs inconditionnels liés aux énergies renouvelables prévus au titre de sa CDN. Il s’attache actuellement à élaborer une stratégie à long terme de développement bas carbone avec des partenaires internationaux.
Au cours des quatre dernières années, la stratégie énergétique du gouvernement, exposée dans sa « Lettre de politique de développement du secteur énergétique » (LPDSE, 2019-2023), a visé en priorité à garantir un approvisionnement énergétique à bas coût, l’accès à une électricité plus fiable, plus durable et moins onéreuse, l’accès à des combustibles de cuisson modernes, et des règles plus strictes pour le financement, la gouvernance et la réglementation du secteur.
La revue des politiques énergétiques conduite par l’AIE intervient au moment où le Sénégal fait le bilan des progrès accomplis dans le cadre de sa LPDSE 2019-2023 et s’emploie à formuler sa stratégie énergétique des cinq prochaines années. Une nouvelle LPDSE est en préparation pour 2024-2028 ; une consultation a été lancée à cet effet en juillet 2023.
L’AIE confirme que le Sénégal a franchi des étapes importantes en vue de la réalisation de ses objectifs. En 2022, 75 % de sa population avait accès à l’électricité (97 % en milieu urbain et 55 % en milieu rural)1, l’un des pourcentages les plus élevés de l’Afrique subsaharienne. En 2022 également, près de 30 % de sa population (5 millions de personnes) avait accès à des combustibles et des appareils de cuisson propres, principalement en milieu urbain, où ce chiffre atteignait 50 %, avec le développement du gaz de pétrole liquéfié (GPL), tandis que 7 % seulement des communautés rurales avaient accès à ces modes de cuisson.
Du fait de la forte croissance démographique, le nombre de personnes qui dépendent encore de la biomasse traditionnelle pour la cuisson a augmenté plus vite que la population totale. Il a en effet doublé pour passer de 6.5 millions en 2000 à 12.5 millions aujourd’hui. Afin de faire face à ces pressions démographiques, il sera indispensable que sa prochaine LPDSE donne la priorité à des programmes de cuisson propre en général, et à l’accès à l’électricité en milieu rural en particulier. Les retours d’expérience les plus pertinents pour le Sénégal sont les succès observés en Inde et en Indonésie pour l’Asie, et en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigéria et au Soudan pour l’Afrique, où de nouvelles stratégies de cuisson propre ont été déployées au cours des cinq dernières années. Les progrès notables que ces pays ont enregistrés en matière de cuisson propre tiennent avant tout à l’adoption du GPL.
Le secteur de l’électricité est le moteur essentiel du développement durable du Sénégal. Le mix électrique national est dominé par les fiouls lourds qui, en 2022, totalisaient 70 %2 des sources de production d’électricité. Toutefois, au cours des dernières années, la part des énergies renouvelables a dépassé celle du charbon, avec 0.4 GW de puissance d’origine renouvelable déjà disponible. Les installations éoliennes et solaires représentaient 21 % des moyens de production en 2022 et le Sénégal s’est engagé en 2023 à porter la part de capacité installée d’énergies renouvelables à 40 % d’ici à 2030 dans le cadre du JETP. En effet, les financements prévus au titre du JETP seront déterminants pour aider le pays à atteindre les objectifs conditionnels qu’il s’est fixés dans sa CDN. Le JETP tient également compte des opportunités dont le Sénégal dispose en matière de production gazière et du rôle du gaz dans son développement économique et sa transition énergétique.
Le Sénégal travaille à l’élaboration d’un Plan intégré à moindre coût (PIMC) sur dix ans. Les autorités ont déjà défini une stratégie de production d’électricité au gaz pour remplacer les fiouls lourds par le gaz naturel dans le secteur de la production d’électricité. La mise à l’arrêt des vieilles centrales au fioul réduirait substantiellement le coût de l’électricité et les émissions associées. De plus, la plupart des fiouls lourds étant actuellement importés, cette transition permettrait également de réduire les dépenses d’importation et de renforcer la sécurité d’approvisionnement énergétique.
Le pays a besoin d’une stratégie exhaustive en faveur de l’électricité propre pour synchroniser la fermeture des centrales au fioul les plus anciennes avec la construction de nouvelles installations alimentées au gaz et, ainsi, assurer la flexibilité du système électrique à mesure que des moyens de production renouvelable se développent. Cette stratégie devrait se baser sur les résultats du PIMC et s’inspirer des meilleures pratiques internationales. La transition du secteur sénégalais de l’électricité doit pouvoir s’appuyer sur une stratégie claire, incluant la mise en œuvre complète des réformes du secteur de l’électricité, l’expansion du réseau, la création de zones dédiées aux énergies renouvelables et la tenue d’enchères associées, ainsi que des mécanismes d’ajustement renforcés aux niveaux tant national que régional au sein du Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (EEEOA). Une telle stratégie sera déterminante pour fournir aux investisseurs un signal concernant l’action publique à long terme.
Même si les financements publics continueront de jouer un rôle important, le secteur de l’énergie du Sénégal doit aussi pouvoir mobiliser davantage d’investissements privés. Le pays a accès à des solutions de financement de projets liés aux énergies renouvelables, principalement de la part de banques internationales et d’institutions de financement du développement. En revanche, les projets liés au gaz sont actuellement plus difficiles à financer. De fait, la plupart des IFD ne soutiennent plus ce type de projets et les investisseurs commerciaux peuvent ne pas trouver attractifs les rendements ajustés au risque pour des actifs réglementés, tels que les réseaux de transport et distribution de gaz.
Le secteur des ressources naturelles est un pilier essentiel de la stratégie de développement du Sénégal. Le pays est en passe de devenir producteur de pétrole et de gaz naturel d’ici 2024 grâce à ses importantes réserves en mer. En 2020, le continent africain totalisait près de 3 % des émissions mondiales cumulées et le Sénégal ne représentait que 0.03 % du total des émissions mondiales liées à l’énergie. L’analyse de l’AIE montre que l’exploitation des ressources en gaz naturel du continent aurait un impact négligeable et porterait ses émissions cumulées à 3.5 % uniquement d’ici à 2030.
À la COP26 de Glasgow, le Sénégal a rejoint le Pacte mondial sur le méthane (« Global Methane Pledge ») pour agir sur les émissions de méthane. Le code pétrolier exige des entreprises qu’elles prennent les mesures nécessaires pour prévenir et combattre la pollution environnementale, en conformité avec les pratiques internationales de l’industrie et avec la législation nationale applicable. Le pays envisage de mettre au point une feuille de route nationale relative au méthane, avec le soutien de la Coalition pour le climat et l’air pur. Réduire les émissions opérationnelles de la production pétrolière et gazière est une mesure qui présente un bon rapport coût-efficacité. Elle permettra non seulement d’accroître les recettes publiques, mais aussi d’œuvrer au service d’une double ambition, à savoir utiliser le gaz pour donner à la population davantage accès à l’énergie et réduire les impacts environnementaux et sanitaires à l’échelle des collectivités locales.
Afin d’assurer la distribution des recettes tirées de l’exploitation de ses ressources, le Sénégal a mis en place un Fonds de stabilisation et un Fonds intergénérationnel et en a confié la gestion à son Fonds souverain d’investissements stratégiques (FONSIS). Ces fonds lui permettront de mettre à profit les recettes liées aux hydrocarbures pour financer une croissance économique durable et se doter d’un système énergétique résilient et sobre en carbone.
L’efficacité énergétique est un aspect fondamental pour un pays qui accorde une grande importance à l’accès à l’énergie et qui avance rapidement sur la voie de l’accès universel à l’électricité. Des mesures fortes en faveur de l’efficacité énergétique peuvent aider à réaliser des économies notables, particulièrement pertinentes pour les segments de la population confrontés à des problèmes d’accessibilité financière. Compte-tenu du bouquet énergétique actuel du pays, l’efficacité énergétique peut également contribuer de manière décisive à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. C'est la raison pour laquelle le gouvernement du Sénégal a inclus des ambitions en matière d’efficacité énergétique dans sa CDN de 2020.
Des progrès ont été réalisés grâce à l’Agence pour l’économie et la maîtrise de l’énergie (AEME), instaurée en 2011. La stratégie de cette agence a permis d'identifier d'importantes économies potentielles dans les secteurs des hydrocarbures, de l’électricité et du fioul domestique (de 18 %, 26 % et 40 % respectivement). L’AEME élabore et exécute divers programmes et actions, dont des campagnes de sensibilisation destinées à inciter la population à adopter des mesures d’efficacité énergétique. Pour assurer le bon déroulement des travaux en cours et réaliser davantage d’économies, les pouvoirs publics doivent renforcer les ressources financières et humaines de l’AEME et établir une gouvernance solide qui puisse soutenir les synergies entre les différentes instances chargées de la question énergétique.
L’une des étapes positives est la création d’une grande société de services énergétiques (Super ESCO) avec le FONSIS et l’AEME, une initiative qui trouve son origine dans les résultats d’une étude de la Banque mondiale sur les stratégies de financement des mesures d’efficacité énergétique dans le secteur public (éclairage, universités, hôpitaux). Grâce aux économies d’échelle, le Sénégal sera en mesure d’améliorer les performances énergétiques des secteurs résidentiel et tertiaire, qui ont connu une baisse des projets de rénovation énergétique au cours des dix dernières années. Le programme Ecofridges est un autre exemple majeur de la façon dont le secteur public peut soutenir la modernisation des appareils électroménagers. Cependant, le programme de prêts actuel ne propose des aides qu’aux ménages qui ont les moyens de participer. Un programme de subventions bénéficierait à la plupart des personnes vulnérables. Les travaux de mise en œuvre et de renforcement des normes d’efficacité énergétique dans le cadre des Directives de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) devraient être prioritaires.
Le volet de l’efficacité énergétique comprend aussi la question de l’efficacité des subventions aux combustibles fossiles. À l’avenir, les prix du pétrole et du gaz sur le marché intérieur devraient baisser avec le démarrage de la production pétrolière et gazière. Le mode de conception du Fonds de stabilisation est important dans ce contexte car il s’agit d’éviter une surcompensation (en subventionnant tous les citoyens plutôt que les plus vulnérables) et l’augmentation de la dette publique pendant les pics de prix du pétrole. Le Sénégal doit gérer avec attention son exposition à la grande volatilité actuelle des prix du pétrole en réduisant les subventions aux combustibles fossiles et en centrant son action sur la gestion des risques. En 2022, les subventions à l’énergie représentent près de 4 % de son PIB. L’engagement du gouvernement à ramener ce pourcentage à 1 % d’ici à 2025 est une annonce de réforme déterminante et salutaire. La feuille de route en place orientera l’exécution de cette mesure au cours des années à venir.
L’AIE félicite le Sénégal pour sa démarche en matière de politique énergétique ainsi que pour le travail actif et le plan en cours d’élaboration. À titre de contribution à la LPDSE 2024-28, l’AIE propose quelques recommandations concrètes essentielles. Avant toute chose, les pouvoirs publics doivent donner la priorité aux actions visant à garantir l’accès universel à l’énergie, à soutenir l’intégration d’une part plus élevée d’électricité d’origine renouvelable variable dans le système électrique grâce à une stratégie en faveur de l’électricité propre et au développement d’un marché du gaz naturel et des infrastructures correspondantes. La gouvernance des agences chargées de la mise en œuvre du secteur de l’énergie et leur financement constitueront un levier important pour mener à bien les réformes et créer d’avantage d’efficacité et de synergies.
Recommandations clés
S’agissant de la LDPSE 2024-28, le gouvernement du Sénégal devrait mettre l’accent sur les actions suivantes :
Stratégie
- Combler le fossé énergétique et atteindre l’objectif d’un accès universel à l’électricité en améliorant la coordination des acteurs, en portant son attention sur le dernier kilomètre et en augmentant la qualité des approvisionnements. Donner la priorité à l’exécution de programmes en faveur des modes de cuisson propre, en hâtant les progrès grâce au GPL et aux énergies et technologies renouvelables.
- Accélérer le déploiement de moyens renouvelables pour aller vers des approvisionnements plus sobres en carbone, moins coûteux et plus fiables, et formuler pour le secteur de l’électricité une stratégie prévoyant le remplacement des fiouls lourds dans le secteur de la production, en comptant pour cela sur une planification intégrée du système, des investissements dans les centrales à gaz de pointe, et une collaboration étroite entre toutes les parties prenantes du secteur de l’électricité.
- Veiller à la bonne application des nouveaux codes gaziers et de l’électricité dans l’optique de promouvoir l’investissement dans le secteur de l’énergie, en particulier les énergies renouvelables.
- Redoubler d’efforts pour attirer un ensemble diversifié de ressources financières, en travaillant avec des donneurs et le secteur privé, et en élaborant un plan d’investissement dans l’énergie à long terme. Dans le cadre de ce plan, quantifier les investissements dans les infrastructures pétrolières et gazières nécessaires qui permettraient de soutenir le développement du pays et l’augmentation de la part des renouvelables dans le secteur de l’énergie.
Cadre institutionnel
- Assurer une meilleure coordination des actions menées dans le secteur de l’énergie par les diverses parties prenantes autour du ministère du Pétrole et des Énergies (MPE).
- Regrouper les instances chargées de la gestion de l’énergie et des énergies renouvelables et, possiblement, de l’électrification rurale au sein d’une seule et même agence, en vue de renforcer les synergies d’action, de mettre en commun les moyens d’intervention et d’accroître les impacts, en particulier en zone rurale.
Coopération régionale
- Intensifier la coopération régionale, en particulier pour ce qui concerne les lignes d’interconnexion, les normes concernant l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, les stratégies d’accès à l’électricité et les technologies de cuisson propres.
- Déployer à plus grande échelle les programmes en faveur de l’efficacité énergétique qui ont produit de bons résultats dans les secteurs des appareils électroménagers, de l’éclairage et du chauffage et qui peuvent être mis à profit dans les secteurs de l’industrie et des transports.
- Élaborer et mettre en œuvre des normes de performance énergétique minimale (NPEM) pour les appareils qui soient alignées sur celles des grands pays exportateurs, en prenant exemple sur les normes et les programmes d’étiquetage du Ghana et d’autres pays de la sous-région.
Formation, compétences et emploi
- Poursuivre et renforcer la collecte et l’utilisation des données sur l’énergie ainsi que les efforts nationaux de développement de formations et de compétences, en particulier au niveau des techniciens et des ingénieurs, dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.
Références
Les dernières données communiquées par le MPE concernant les taux d’accès à l’électricité pour 2021 diffèrent légèrement des statistiques de l’AIE en raison de considérations méthodologiques : 85 % au niveau national, 94 % en zone urbaine et 58.2 % en zone rurale.
Les contributions hydroélectriques (66 MW) du barrage de Manantali au Mali, qui couvre une partie des besoins en électricité du Sénégal, ne sont pas incluses dans les données de l’AIE relatives à la production d’électricité en raison des méthodes statistiques utilisées.
Reference 1
Les dernières données communiquées par le MPE concernant les taux d’accès à l’électricité pour 2021 diffèrent légèrement des statistiques de l’AIE en raison de considérations méthodologiques : 85 % au niveau national, 94 % en zone urbaine et 58.2 % en zone rurale.
Reference 2
Les contributions hydroélectriques (66 MW) du barrage de Manantali au Mali, qui couvre une partie des besoins en électricité du Sénégal, ne sont pas incluses dans les données de l’AIE relatives à la production d’électricité en raison des méthodes statistiques utilisées.