Le Plan d’action de Montréal
Dans le contexte de la crise énergétique mondiale actuelle, nous nous réunissons aujourd’hui à Montréal à l’occasion de la 11e Conférence mondiale annuelle sur l’efficacité énergétique de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), coorganisée par l’AIE et le gouvernement du Canada, afin de réaffirmer l’importance de l’efficacité énergétique et de discuter de la manière dont nous pouvons accroître les efforts à ce chapitre. Ce faisant, nous visons à renforcer la compétitivité économique et la résilience à long terme aux échelons national et mondial, à améliorer la vie des populations en réduisant les factures d’énergie, à accroître la sécurité énergétique et à faire progresser la transition vers les énergies propres. Ce plan d’action s’appuie sur les résultats des conférences annuelles précédentes, qui mettaient l’accent sur le principe de primauté de l’efficacité énergétique et définissaient les ambitions mondiales dans tous les secteurs, ce qui continue d’orienter la voie que nous suivons collectivement.
La succession des crises énergétiques illustre que les marchés mondiaux de l’énergie peuvent être rapidement perturbés et que l’efficacité énergétique fait partie intégrante des mesures gouvernementales pouvant être prises afin de protéger les consommateurs contre les chocs de prix. Le premier choc pétrolier majeur en 1973 a provoqué une flambée des prix de l’énergie et mis en lumière la vulnérabilité des économies dépendantes du pétrole. En réponse, de nombreux pays ont introduit de nouvelles politiques d’efficacité énergétique, sans lesquelles la demande énergétique mondiale serait deux fois plus élevée aujourd’hui. Plus récemment, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022 a entraîné une hausse des prix du gaz naturel, notamment en Europe, ce qui a entraîné une réduction de la demande dans le secteur résidentiel de près de 20 %, principalement grâce à l’accélération des mesures d’efficacité. En 2023, lors de la COP28, des pays du monde entier se sont mis d’accord, pour la toute première fois, sur un objectif mondial d’efficacité énergétique : doubler les progrès d’ici 2030.
Cette année, le conflit au Moyen-Orient a quasiment arrêté le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, ce qui a entraîné la plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial. Cela a touché les marchés mondiaux du pétrole brut et des produits raffinés, du gaz naturel liquéfié et d’autres matières premières clés et a provoqué de graves perturbations dans l’approvisionnement énergétique dans de nombreux pays. Nous reconnaissons que cette crise exige la prise de mesures historiques de la part des gouvernements et que l’efficacité énergétique est au cœur de cette réponse.
Nous reconnaissons le rôle que l’efficacité énergétique peut jouer dans la protection des populations à court, moyen et long terme. En réponse à la crise actuelle, les pays membres de l’AIE ont coordonné la plus grande mise en circulation de stocks de pétrole d’urgence jamais réalisée et de nombreux pays mettent en œuvre des politiques sur la demande. Nous félicitons l’appel précoce de l’AIE à une action politique au moyen d’une liste de mesures touchant la demande que les gouvernements, les entreprises et les ménages pourraient mettre en œuvre immédiatement afin de prendre des décisions intelligentes d’économie d’énergie. De plus, nous accueillons favorablement la mise en œuvre du « Energy Crisis Policy Response Tracker », un outil qui surveille activement les annonces de politique d’urgence des gouvernements relativement à la crise énergétique.
Bien que l’attention immédiate soit portée sur la gestion des perturbations actuelles, les objectifs de l’Accord de Paris et la transition mondiale vers la neutralité carbone continuent de constituer le cadre global d’action. Le respect de l’engagement de la COP28 visant à multiplier par deux le taux mondial d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici 2030 contribue à la fois à la sécurité énergétique et à la décarbonation.
Le multilatéralisme est essentiel pour relever les défis mondiaux et permettre aux pays de coordonner les mesures, de partager les ressources et de créer des solutions collectives. Nous remercions l’AIE pour son rôle central dans l’unification des pays et la formulation d’une réponse claire et immédiate. Nous appelons l’AIE à continuer de favoriser le dialogue entre les nations et de soutenir les gouvernements pour protéger les consommateurs des pressions sur les prix de l’énergie.
Nous reconnaissons également le rôle central que joue l’efficacité énergétique à long terme dans le renforcement de la sécurité énergétique, de la compétitivité, de l’accessibilité financière et de la décarbonation. Maximiser l’efficacité énergétique permet aux citoyens et aux entreprises de jouir d’un système énergétique résilient, ce qui améliore l’accès aux services énergétiques tout en évitant les incidences négatives. Cela permet de réduire les factures, de diminuer l’exposition à la volatilité des prix de l’énergie et de protéger les consommateurs contre les chocs futurs des prix, et constitue l’un des moyens les plus rentables d’améliorer la vie des gens, de soutenir la compétitivité et de diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
Nous réaffirmons notre engagement à doubler collectivement le taux annuel moyen mondial d’amélioration de l’efficacité énergétique d’ici 2030, et nous nous engageons à exploiter tout le potentiel de l’efficacité énergétique pour renforcer la résilience à long terme face aux chocs énergétiques futurs en faisant de l’efficacité énergétique la pierre angulaire des politiques énergétiques, sans créer une charge administrative supplémentaire pour les entreprises. En reconnaissance du potentiel inexploité de l’efficacité énergétique, nous nous engageons à placer l’efficacité énergétique au premier plan dans les considérations de politique énergétique et à poursuivre les gains d’efficacité dans tous les secteurs, notamment en débloquant les financements nécessaires à grande échelle afin d’atteindre ces objectifs. Pour y parvenir efficacement, nous travaillerons en collaboration, participerons à la mise en commun des meilleures pratiques et utiliserons ces dernières dans l’élaboration de nos politiques. Nous demandons à l’AIE de faciliter cette collaboration et de soutenir les gouvernements dans la conception et la mise en œuvre de politiques hautement efficaces.
Nous reconnaissons qu’en période de crise énergétique, deux groupes sont souvent plus durement touchés par les chocs de prix et l’incertitude : les ménages vulnérables et les petites entreprises. Pour les rendre plus résilients face aux futurs chocs de prix, les améliorations structurelles en matière d’efficacité énergétique et les mesures de suffisance, le cas échéant, constituent d’importantes solutions. Nous mettons donc en avant l’occasion d’améliorer l’efficacité énergétique parmi les groupes suivants :
Les ménages vulnérables, qui font souvent déjà face à des problèmes d’accessibilité énergétique et sont particulièrement touchés par les chocs de prix, ce qui peut aggraver ces problèmes. Améliorer l’efficacité des logements et des moyens de transport peut réduire durablement les factures. Nous saluons l’attention continue que l’AIE accorde à cette question, notamment par la présentation régulière de rapports et l’élaboration de recommandations politiques claires, ciblées et applicables. Nous nous engageons à travailler collectivement pour aider toutes les personnes à accéder aux avantages liés à l’énergie, y compris les ménages à faible revenu et les autres groupes vulnérables, en mettant en œuvre des politiques d’efficacité énergétique pour atténuer les difficultés à court terme et renforcer leur résilience à long terme.
Les petites et moyennes entreprises (PME) sont au cœur de nos économies, mais peuvent aussi être vulnérables à la volatilité des prix de l’énergie et disposent souvent de moins de temps et d’argent à consacrer à l’efficacité énergétique. Améliorer l’efficacité des PME les rend plus résilientes face aux chocs externes et leur confère un avantage concurrentiel. Nous demandons à l’AIE de soutenir les gouvernements en proposant des analyses ciblées, en réunissant des groupes partageant les mêmes vues et en menant des activités de renforcement des capacités. Nous nous engageons à intensifier les efforts pour soutenir l’efficacité énergétique des PME en nous appuyant sur les recommandations de l’AIE.
Nous reconnaissons qu’il reste un potentiel significatif à exploiter pour améliorer l’efficacité énergétique dans tous les secteurs d’utilisation finale afin d’accroître la résilience, l’accessibilité financière, la compétitivité et la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans une optique de recherche de possibilités d’amélioration d’efficacité, nous soulignons la nécessité d’agir dans deux domaines clés qui ont un grand potentiel pour une action accélérée en matière d’efficacité énergétique : un domaine qui est déjà un moteur clé de la demande énergétique dans de nombreux pays, et un autre qui connaît une forte croissance de la demande énergétique qui devrait se poursuivre dans les années à venir.
Le chauffage et la climatisation dans les bâtiments jouent un rôle clé dans l’amélioration de la vie des personnes. Le chauffage des espaces et de l’eau représente jusqu’à 70 % de la consommation d’énergie domiciliaire dans certains pays, tandis que la croissance des revenus et les températures de plus en plus extrêmes font augmenter la demande de refroidissement. Les problèmes d’accessibilité énergétique se sont aggravés dans certains pays en raison de la crise actuelle. Les bâtiments représentent environ 30 % de la demande énergétique mondiale, et les appareils ménagers sont responsables d’environ 45 % de la demande totale d’électricité dans les bâtiments, la hausse des températures et l’augmentation du nombre de climatiseurs ayant fait grimper la demande ces dernières années. Nous remarquons que les bâtiments et les technologies de chauffage et de climatisation qu’ils contiennent sont souvent beaucoup moins efficaces qu’ils ne pourraient l’être, et nous reconnaissons que les normes de rendement énergétique pour les bâtiments et les appareils électroménagers, ainsi que les incitations financières, peuvent jouer un rôle crucial dans l’amélioration de leur efficacité. Nous reconnaissons également l’importance des thermopompes et du déploiement de réseaux efficaces de chauffage et de climatisation de quartier. Nous nous engageons à revoir et à mettre à jour régulièrement nos politiques à ce chapitre et nous demandons à l’AIE d’aider les gouvernements en fournissant des analyses et des conseils sur les meilleures pratiques.
Le monde entre dans l’ère de l’électricité. Ce virage est notamment dû à l’électrification de secteurs de demande d’énergie pour utilisation finale, comme le chauffage, les procédés industriels et les véhicules, ainsi qu’à la demande croissante de climatisation et d’infrastructures numériques, y compris les centres de données. À mesure que la demande d’électricité augmente, l’électrification se doit d’être efficace et intelligente. L’efficacité énergétique sera essentielle pour aider à gérer les coûts du système, réduire les pics de demande, soutenir la fiabilité et la souplesse et maintenir l’accessibilité financière pour les ménages et les entreprises. L’électrification est elle-même une source majeure d’amélioration de l’efficacité. Un point particulièrement important concerne l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle et la demande qui en résulte pour les centres de données. La consommation mondiale d’électricité provenant des centres de données devrait plus que doubler d’ici 2030, mais il existe un important écart d’efficacité entre les meilleurs et les pires rendements. Il est essentiel d’agir rapidement pour gérer la hausse de la consommation d’électricité dans l’ensemble de l’économie. Nous nous engageons à étudier des moyens, en fonction des circonstances nationales, d’améliorer l’efficacité énergétique dans tous les secteurs, y compris les centres de données, par exemple par la souplesse, la récupération de la chaleur résiduelle et un déploiement efficace des technologies, et nous demandons à l’AIE de répertorier les meilleures pratiques.
Le renforcement des finances personnelles est au cœur de toute action en matière d’efficacité énergétique. Pour augmenter rapidement les investissements en efficacité énergétique, il faut adopter une approche globale qui tient compte des obstacles financiers, techniques et institutionnels. Une implication multipartite est essentielle pour bien aligner les actions des différents acteurs, réduire la fragmentation et la complexité du marché ainsi que diminuer les coûts de transaction. En déployant stratégiquement les ressources publiques ainsi que des cadres réglementaires favorables et des outils de soutien, nous pouvons favoriser la mise au point de solutions et soutenir le développement d’un marché solide de services d’efficacité énergétique. Nous nous engageons à prendre les mesures nécessaires pour mobiliser des investissements et accélérer le déploiement de solutions d’efficacité énergétique dans tous les secteurs.
Nous, les gouvernements réunis lors de la 11e Conférence mondiale sur l’efficacité énergétique de l’AIE, formulons un message clair : l’élan mondial en faveur de l’efficacité énergétique grandit. Nous reconnaissons l’importance de ce moment pour répondre à la crise énergétique mondiale en renouvelant l’accent mis sur l’efficacité énergétique et en redoublant d’efforts à cet égard. Nous maintiendrons un haut niveau d’ambition et renforcerons la coopération, et nous demandons à l’AIE de continuer à soutenir ces efforts en fournissant données, analyses, suivi et conseils. Nous nous réjouissons à la perspective de nous réunir à nouveau en 2027 à l’occasion de la 12e Conférence mondiale sur l’efficacité énergétique de l’AIE pour discuter des progrès réalisés et renouveler nos engagements visant à accélérer l’action en matière d’efficacité énergétique afin de renforcer la résilience et d’améliorer la vie des gens.
Télécharger en anglais