Communiqué. Réunion du Conseil de direction au niveau des Ministres

(Paris) — 3 May 2005

Principaux messages

Il est en notre pouvoir d’assurer un avenir énergétique durable et sûr et nous y parviendrons par des actions plus vigoureuses engagées dès aujourd’hui pour :

  • alléger notre dépendance croissante à l’égard des importations d’énergie alors que l’éventail des sources qui disposent des réserves mondiales se resserre ;
  • atténuer notre vulnérabilité économique face au niveau élevé et à la volatilité des prix de l’énergie, notamment en prenant des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique ; et
  • réduire l’impact produit sur l’environnement par le recours de plus en plus important aux combustibles fossiles dans le monde.

Sécurité énergétique

1. La sécurité énergétique reste au cœur de la mission qui est la nôtre, particulièrement en ce qui concerne le pétrole, le gaz et l’électricité. Cette notion traduit à nos yeux une plus large disponibilité d’énergie propre, fiable et à des prix raisonnables dans le monde. La persistance des prix élevés de l’énergie constitue pour nous un grave sujet d’inquiétude, car elle freine l’activité économique et la croissance, de même qu’elle pénalise les populations démunies. Nous demeurons résolument déterminés à agir ensemble pour faire en sorte que les approvisionnements soient suffisants durant les périodes de perturbation des marchés.

2. La spéculation est préoccupante sur les marchés pétroliers, mais ce n’est pas la cause profonde de l’instabilité et du niveau élevé des prix. Les marchés de l’énergie nécessitent à la fois des investissements en temps opportun et des stocks suffisants pour parer à des circonstances imprévues, mais inévitables. Les prix subventionnés faussent le jeu des marchés et les obstacles à l’investissement imposent des contraintes de capacité. Les prix actuellement observés exigent des mesures pour stimuler et diversifier l’offre d’énergie ainsi que pour maîtriser la demande.

3. Notre dialogue de plus en plus étroit avec les pays producteurs et les grands pays consommateurs de pétrole s’est avéré décisif pour promouvoir la stabilité des marchés et nous nous félicitons des initiatives des producteurs visant à accroître les approvisionnements afin de répondre à la demande grandissante. Nous sommes particulièrement heureux d’accueillir aujourd’hui parmi nous M. le Ministre Elizondo, du Mexique, grand pays producteur de pétrole et membre de l’OCDE. En coopération avec les producteurs et dans l’esprit de l’Initiative commune sur les données du pétrole, nous rechercherons, à l’aide de données de meilleure qualité, des critères de transparence plus rigoureux sur les marchés pétroliers.

4. Un défi auquel sont confrontés les producteurs aussi bien que les consommateurs tient à la nécessité d’accroître les apports de capitaux dans le secteur de l’énergie. Selon les estimations de l’AIE, il faudra y investir 16 000 milliards de dollars d’ici à 2030. Or, nous observons un sous-investissement dans la production et le transport de l’électricité, ainsi que dans les maillons amont et aval des chaînes de valeur du pétrole et du gaz. Nous réaffirmons notre conviction que les forces du marché doivent guider l’évolution de ces marchés concurrentiels au fur et à mesure que les gouvernements élimineront les entraves à l’investissement.

5. Nous prenons l’engagement de créer un cadre plus stable et transparent propre à assurer des investissements suffisants en temps opportun. Nous appelons les gouvernements du monde entier à souscrire à ce même engagement. Nous sommes conscients que les investisseurs du secteur privé sont exposés à divers risques sur des marchés engagés dans des réformes et qu’ils auront besoin de nouveaux mécanismes pour gérer les risques et mobiliser les capitaux nécessaires.


Marchés mondiaux de l’énergie

6. Nous saluons la participation de M. le Vice-ministre Zhang Xiaoqiang, de la République populaire de Chine. Le vif essor de ce pays procurera à ses 1.3 milliard de citoyens un plus grand bien-être économique. Ce sera néanmoins une défi de taille que d’alimenter la croissance de la Chine et du reste du monde. Nous redoublerons d’effort afin de partager les fruits de notre expérience et des meilleures pratiques à l’œuvre dans le monde entier pour nous orienter ensemble sur une trajectoire énergétique plus durable. Nos relations avec la Chine témoignent de l’importance d’un tel dialogue avec les autres grands producteurs et consommateurs d’énergie de la planète. Nous nous félicitons que la Chine soit déterminée à constituer des réserves stratégiques de pétrole.

7. Nous nous réjouissons également de la participation de M. le Ministre Piechota, de la Pologne, et de M. le Vice-ministre Pomothy, de la République slovaque, et nous prenons acte des progrès considérables que la Pologne et la République slovaque ont accomplis dans le but de remplir les conditions requises pour adhérer à l’AIE. Leur adhésion consolidera aussi notre aptitude collective à mettre sur le marché jusqu’à dix millions de barils de pétrole par jour pendant plusieurs mois en cas de perturbation grave des approvisionnements, ce qui reste notre première et primordiale ligne de défense. Il importe tout particulièrement de disposer de réserves stratégiques et de stocks industriels de pétrole en quantités suffisantes car l’asymétrie s’accentue entre les régions du monde où le pétrole est extrait et celles où il est consommé.

Des systèmes énergétiques plus propres dans le monde entier

8. Dans un scénario tablant sur des politiques inchangées, l’AIE prévoit que 85 % des besoins supplémentaires d’énergie dans le monde durant les 25 prochaines années seront couverts par des combustibles fossiles. A l’échelon mondial, la demande d’énergie et les émissions de carbone croîtront respectivement de 60 %. D’après ce scénario, les émissions de carbone des pays en développement devraient avoir doublé à l’horizon 2030 et dépassé celles de la zone de l’OCDE ; en 2030 également, près de 1.4 milliard de personnes seront encore privées d’accès à l’électricité.

9. Mais rien ne nous oblige à envisager un avenir énergétique sans changement de politiques.

10. Le scénario alternatif de l’AIE montre qu’en appliquant des politiques actuellement à l’étude, nous pourrions réduire de 10 % la consommation et de 16 % les émissions de CO2 dans la zone de l’AIE d’ici à 2030 par rapport au scénario de référence. L’efficacité de l’utilisation finale y contribuerait à hauteur de 60 % et le reste serait le fruit de progrès dans la production d’électricité, réalisés à l’aide des technologies du charbon propre et d’une utilisation accrue du gaz et des énergies renouvelables, ainsi que grâce à l’énergie nucléaire dans les pays qui ont fait le choix d’y recourir. Néanmoins, nous pouvons mieux faire.

11. L’efficacité énergétique des pays de l’OCDE s’est améliorée plus rapidement encore entre le choc pétrolier de 1973 et 1998. Notre consommation énergétique globale aurait été supérieure de 49 % si des économies d’énergie n’avaient pas été réalisées au cours de cette période. Les gains d’efficacité ont marqué le pas depuis le milieu des années 80, mais des politiques plus fermes peuvent aujourd’hui renverser la tendance. Nous nous engageons à intensifier notre effort dans ce sens et confions à l’AIE la mission d’observer de façon suivie l’action que nous mènerons à cet égard, notamment au moyen de nos examens par les pairs des politiques nationales et du partage avec le reste du monde de notre connaissance des meilleures pratiques.

12. Un avenir durable s’accompagnant de moins d’émissions de carbone est à l’évidence possible, mais seulement à condition de mettre en œuvre des politiques plus rigoureuses, d’utiliser des instruments obéissant aux lois du marché et de mobiliser les autres pays du monde. Nous nous y emploierons directement et dans le cadre de mécanismes existants, tels le G8 et la CCNUCC, ainsi que dans d’autres instances. C’est une responsabilité commune.

13. Nous devons mieux tirer parti des technologies actuelles et accélérer le développement de celles de demain si nous voulons que les promesses de la technologie deviennent réalité. Nous pouvons accroître une utilisation plus propre et performante des combustibles fossiles, et nous le ferons, même parallèlement à la recherche et à la diffusion de formes d’énergie efficaces par rapport aux coûts produisant des émissions de carbone faibles ou nulles. Des ressources publiques et privées considérables sont nécessaires pour accélérer le déploiement des technologies énergétiques. Nous prenons l’engagement de tout mettre en oeuvre pour mobiliser de solides ressources financières et susciter un ferme soutien des pouvoirs publics en faveur de ces technologies énergétiques essentielles.

14. Inspirés par les enseignements du passé et notre vision de l’avenir, nous mettrons à profit le pouvoir des marchés, les promesses de la technologie et notre volonté politique afin d’assurer aux générations futures, dans nos pays et le reste du monde, un approvisionnement énergétique sûr et durable.

15. Les Ministres ont insisté sur le grand rôle qui revient à l’AIE pour relever les défis de la sécurité énergétique et du développement durable, en soulignant qu’il importe de faire état de résultats clairs et quantifiables à cet égard. Pour renforcer encore l’efficacité de l’AIE, les Ministres se sont mis d’accord pour hiérarchiser les priorités du programme de travail de l’Agence, en privilégiant :

  • l’amélioration de la transparence et de l’analyse des marchés de l’énergie ;
  • Un engagement plus approfondi avec les pays non membres importants ;
  • La poursuite de l’amélioration de l’efficacité énergétique, surtout dans les secteurs des transports et du bâtiment ;
  • Les activités de recherche et de développement sur les technologies de combustion plus propres ainsi que sur celles de piégeage et de stockage du dioxyde de carbone ;
  • L’encouragement à améliorer le climat d’investissement pour faire face aux défis posés par la demande future d’énergie, dont une majeure partie émanera du monde en développement ; et
  • La poursuite des études sur la croissance économique et la réduction des émissions de CO2.


16. Afin de combler l’écart entre la situation actuelle et les actions qui s’imposent, l’AIE contribuera à concevoir des stratégies visant un avenir énergétique propre, intelligent et concurrentiel. Une impulsion vigoureuse et la coopération sont indispensables.

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